C’était l’une des nouveautés françaises les plus attendues du dernier Mondial de l’Auto de Paris. Le DS 3 Crossback marque le deuxième acte de la nouvelle gamme du jeune constructeur français après le DS 7 Crossback, et dévoile aussi la nouvelle plateforme CMP du Groupe PSA, celle sur laquelle seront bâties les prochaines voitures électriques du groupe français. Pour y voir plus clair sur cette nouveauté, nous avons rencontré son chef de produit.

The Automobilists : Bonjour Etienne Menant. Cette DS 3 Crossback est la seconde « véritable » DS après le DS 7 Crossback. Qu’est-ce que cela représente pour la marque DS ?

Etienne Menant : Bonjour ! Pour être plus précis, nous pouvons dire qu’il s’agit du deuxième jalon du développement de la 2e génération des modèles DS. Nous avons d’abord défini le positionnement précis, en termes de cible clientèle, de package produit que l’on veut amener sur le marché, et en termes de prix, de prestations, de rentabilité.

Ensuite, il s’agit de suivre ce que l’on a souhaité faire tout au long du développement de la voiture, avec des phases de créativité pour le style, de convergence entre ce que le style propose et ce que les équipes techniques sont en mesure d’apporter. Enfin arrive la phase d’industrialisation et de préparation du lancement commercial, qui vont monter en puissance à présent. C’est un processus qui a représenté plus de quatre ans de développement.

TA : La DS 3 passe de citadine à SUV urbain. Comment opère-t-on cette refondation alors que vous allez vous adresser à un public similaire ?

EM : Ce ne sera pas tout à fait le même public car quand nous positionnons un SUV sur le segment B avec un tel niveau de raffinement, nous allons plutôt cibler une clientèle nouvelle pour nous. Ce n’est pas exactement la remplaçante d’une DS 3 mais nous lançons une offre de B-SUV premium avec toutes les prestations que cela nécessite, et l’essentiel de la clientèle sera de la conquête. Une partie pourra bien entendu venir de notre gisement de clients DS 3.

TA : Chez qui attendez-vous de conquérir des clients ?

EM : Ils peuvent venir du monde premium, du monde généralistes mais du segment supérieur… Nous serons capables de convaincre un panel large d’hommes et de femmes, qui seront à la recherche d’un objet technologique, raffiné, moderne, et qui trouveront de l’attractivité dans notre produit.

TA : Est-ce une manière de compenser l’absence de DS 3 5-portes ?

EM : Au-delà de ce positionnement 5-portes, notre travail est d’anticiper les demandes du marché, et assez longtemps à l’avance. En tant que marque DS, nous suivons la core model strategy du Groupe PSA, avec l’idée de positionner une gamme de voitures en nombre limité, bien positionnées, qui soient internationales, et soyons clair, le marché aujourd’hui est sur du SUV, moins sur de la berline « hatch » [5-portes à hayon, NDLR], encore moins sur des 3-portes. Il y a peut-être une origine plus « Europe de l’Ouest » à la berline 3-portes mais la majorité des marchés dans le monde sont aujourd’hui en B-SUV 5-portes. Proposer un objet qui aille dans cette tendance nous est apparu important.

TA : Cela veut dire que contrairement à des modèles comme la DS 7 Crossback qui doit s’imposer en Chine ou en Amérique du Sud…

EM : …mais DS doit s’imposer partout ! En Chine, en Amérique du Sud, partout.

TA : Oui, mais un DS 7 Crossback est peut-être plus adapté à la demande de ces pays-là ?

EM : Sans doute mais ce n’est pas pour autant que la nouvelle génération de DS 7 Crossback convient aussi à l’Europe.

TA : On l’a même essayé pour le vérifier. Néanmoins, vous confirmez donc que le DS 3 Crossback sera commercialisé en Chine ?

EM : Une version pourra être proposée en Chine mais il est encore un peu tôt pour en parler, pour l’heure nous nous concentrons sur le lancement en Europe. Cependant, cette voiture a vocation à adresser toutes les destinations de la marque DS dans le monde, Chine incluse, et ailleurs. Cela signifie l’Amérique latine, la Russie, l’Afrique, le Maroc, Israël…

TA : Cette DS 3 Crossback inaugure la nouvelle plateforme CMP de PSA. Cela représente un défi particulier d’étrenner une plateforme ?

EM : Cela a plusieurs avantages. Cette plateforme va nous amener des résultats en termes de style, de technique et de technologies. Elle permet au style d’imposer aux équipes techniques de phosphorer pour résoudre des solutions, faire que la technique s’adapte au style, et non reprendre les contraintes d’une plateforme existante pour s’adapter. C’est assez flagrant avec cette voiture puisque cette plateforme nous offre d’abord des proportions.

La voiture est compacte avec 4,15 m en longueur, de l’habitabilité au rang 2, une largeur d’1,79 m. Elle apparaît agile, imposante, large, prête à bondir, avec une attitude que nous offrent les grandes roues de 690 mm à l’arrière, qui sont les plus grandes du segment. Ce sont là des apports de la nouvelle plateforme, et c’est très intéressant pour le produit.

Ensuite, cette nouvelle plateforme nous donne de la rigidité de carrosserie et du soubassement, donc du confort de suspension auquel on ajoute du confort de sièges, une acoustique au meilleur niveau avec un bruit de roulement réduit et une bonne insonorisation de tous les éléments. Cela aussi nous est permis par la nouvelle plateforme. Et enfin, cette base offre en termes de technique deux évolutions majeures : la première c’est une plateforme multi-énergies conçue dès le départ pour une version électrique, et non adaptée à une structure existante avec des batteries placées où on peut. Non, ici, la voiture a été conçue dès le départ pour être optimisée pour la version E-Tense.

TA : L’électrique sera donc « invisible » pour le client dans l’architecture du véhicule ?

EM : Il faut bien comprendre que vous achetez d’abord un DS 3 Crossback, et ensuite vous choisissez l’énergie qui vous convient. Essence, Diesel, Electrique. Sans aucun compromis sur l’habitabilité. Thermique comme électrique proposent le même espace à vivre, et le même volume de coffre.

TA : La nouvelle plateforme permet aussi de proposer de nouvelles technologies ?

EM : Oui : des aides à la conduite, des fonctions de sécurité, des prestations de confort à bord de la voiture, un poste de conduite 100 % numérique, un système de Hi-Fi Focal à 12 haut-parleurs idéalement répartis dans l’habitacle, tout cela est permis par cette plateforme moderne. Notre intérêt était d’apporter une réponse sur le marché du B-SUV mais aussi d’aller plus loin en termes de raffinement, de technologies, et pour ces deux items nous allons beaucoup plus loin que toutes les autres propositions du marché. Ce sont des ingrédients de rupture par rapport à ce qui se fait dans notre industrie et sur le segment en particulier.

TA : En chiffres : quel volume de ventes espérez-vous ?

EM : Nous ne communiquons pas sur nos volumes de ventes mais ce que l’on souhaite pour DS, c’est créer des modèles adaptés avec le raffinement attendu, et si nous ne pouvons pas vous dire que le volume ne compte pas, il est secondaire. Notre priorité, c’est que le business se développe avec un vrai intérêt pour nos produits, avec des clients qui ont cette fibre de produit DS. Les volumes suivront plus ou moins : si c’est plus nous serons heureux, mais aujourd’hui nous sommes là pour créer cette nouvelle génération de voitures, imposer la marque, imposer nos modèles, et le reste suivra.

TA : Des choix à bord sont originaux : les aérateurs déportés dans les portières par exemple. Quand est-ce que de telles décisions interviennent dans le cycle du projet ?

EM : Ce sont forcément des choix que nous faisons en amont. Quand nous développons une voiture, nous devons bien comprendre que le travail sur l’implantation de ce genre d’élément est très dimensionnant pour l’ensemble de l’habitacle. C’est un élément inhérent de tout ce que l’on a voulu proposer comme poste de conduite et comme planche de bord. Ces aérateurs viennent apporter plus de largeur dans la ligne de planche de bord perçue, plus de surface pour les gainages d’éléments garnis, et finalement un espace bien inclusif avec une touche d’originalité assumée.

TA : L’autre originalité c’est l’aileron de requin qui est conservé par rapport à l’ancienne DS 3 : il semble ne pas trop occulter le rang 2. Ce clin d’œil était-il obligatoire ou la question s’est-elle posée de ne pas le proposer ?

EM : Il n’y pas de débat : s’il est mis, c’est que nous voulions le proposer. Moi, je vois cette voiture comme étant différente en posture et positionnement par rapport à une DS 3. C’est une voiture qui a beaucoup de cohérence avec DS 7 Crossback, cela ne vous a pas échappé, mais il fallait retrouver quelques petits iconiques de l’histoire de la voiture. Sur un package de SUV robuste, très large, très assis sur la route comme peut l’être ce DS 3 Crossback, on devait aussi inclure les ingrédients d’une DS 3. J’en identifie trois : l’aileron de requin, la signature lumineuse sur la face avant, et le pavillon bi-ton personnalisable sur une architecture de toit flottant. Les trois éléments-clés d’une DS 3 sont bien reconduits ici. Et non ce n’est pas une contrainte car concomitamment à l’aileron de requin, nous avons introduit un autre élément en rupture de toute l’industrie automobile, qui est l’absence de lécheur de vitre. Vous passez directement de la carrosserie à l’espace vitré. C’est une prouesse technique, personne ne l’a jamais fait.

TA : Pourquoi un tel choix ?

EM : Sans vous en rendre compte, cela apporte fluidité au style du côté latéral. C’est pour la même raison que nous avons choisi des poignées de portes affleurantes qui sont masquées lorsque l’on n’en a pas besoin, la suppression de l’antenne également. Tous ces éléments vont de pair. Supprimer les lécheurs de vitre vous permet de gagner 2 à 3 cm, soit pour augmenter la surface vitrée, soit pour augmenter la hauteur de caisse.

TA : Les poignées affleurantes chez DS en série, c’est une première. Vous les annonciez depuis l’étude Numéro 9 et surtout depuis le concept E-Tense. Elles étaient présentes dès les premiers briefs du projet ?

EM : Il ne vous aura pas échappé qu’il s’agit d’une technologie qui a été initiée dans d’autres segments, mais qui demeure rare. Avec ces poignées, nous ne sommes pas dans une descente en gamme classique : c’est un choix ambitieux avec un effet « whaouh » important. En termes de style, la pureté de style comptait beaucoup. Et quand nous avons relevé le défi, ces poignées ont apporté plein d’autres avantages : des prestations aérodynamiques supérieures par exemple, et surtout, s’adresser à la mobilité de demain. Avec ces poignées affleurantes, on peut proposer une aide au démarrage mains-libres à l’approche, où elles se déploient quand vous arrivez, et se replient automatiquement quand vous vous éloignez. Toutes ces techniques sont ambitieuses, souhaitées, et tout le style est impacté par les choix techniques.

TA : Proposer des équipements que la concurrence directe n’a pas, c’est aussi le cas sur le DS 7 Crossback avec la suspension Active Scan : c’est un besoin pour la marque ou c’est une volonté de donner une image à la marque ?

EM : L’objectif est d’adresser la modernité. Nous nous positionnons dans un marché ouvert vers le futur, avec des voitures qui seront capables d’aborder les années futures. Celles-ci sembleront contraintes ou difficiles pour certains, mais nous, nous les abordons de façon décomplexée sur le segment, sans compromis sur le segment, et cela pourra répondre à un accès limité aux centres urbains dans le futur.

En termes de technologie, ce n’est pas que pour la sécurité que nous les développons et à l’image de l’Active City Break, elles sont au meilleur niveau puisqu’en troisième génération le système freinera à partir de 140 km/h, reconnaîtra des piétons même en éclairage contraint… C’est aussi de la sérénité que nous apportons à bord, à l’image du DS Drive Assist qui est une conduite semi-autonome de niveau 2. Vous l’avez vue sur le DS 7 Crossback, cela fonctionne sur autoroute, dans les embouteillages, et cela apporte du confort tout en gardant les mains sur le volant, jusqu’à 180 km/h dans les pays qui le permettent.

Dans un positionnement premium, avoir ces technologies ça compte, et nous, ne nous faisons pas de la technologie pour de la technologie. Qu’il s’agisse des poignées de porte affleurantes, qui participent à l’accessibilité, ou du poste de conduite 100 % numérique qui aide à l’ergonomie pour utiliser sa voiture, c’est de la sérénité, du confort et des technologies qui, lorsque l’on y a goûté, apportent de vrais plus pour nos clients.

TA : En termes d’évolution de gamme, le DS 3 Crossback arrive en thermique et en électrique : y aura-t-il une version Performance ?

EM : Pas pour le moment. Nous verrons comment répondre à ces problématiques-là. Notre travail est d’identifier les évolutions du marché et de la société. Nous y répondrons avec ce qui conviendra au marché de demain. Le DS 3 Crossback est multi-énergie et propose un vrai plaisir de conduire en PureTech comme en électrique avec un décollage 0 à 100 km/h en 8,7 secondes.

TA : Ce sont déjà des performances de sportive ?

EM : Ce qui est très important pour nous, c’est que quelque soit le choix d’énergie, nous proposons une expérience automobile intensive. Tout participe à ça. Confort à bord, poste de conduite numérique, inspirations très confortables avec mousses haute-densité, tout y concourt et dans les motorisations, aussi.

TA : Merci M. Menant pour vos réponses.

Crédit photos : The Automobilists

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