Les étranges voitures de Justin Capră

Justin Capră, un nom qui ne vous dit probablement rien. Et pourtant, ce prolifique inventeur roumain a créé de nombreux véhicules au cours de sa carrière. Leur point commun ? Une masse réduite au minimum pour afficher la plus faible consommation possible. On se croirait au Shell Eco-Marathon. Pourtant, si le leitmotiv rappelle le « light is right » de Lotus et Colin Chapman, les véhicules de Justin Capră n’ont rien à voir. Quoi de mieux qu’un sujet original pour marquer le centenaire de la Roumanie ? Allons découvrir ses étranges véhicules.

Justin Capră, l’inventeur du… jet pack !

Bien entendu, si l’on vous parle de voitures roumaines, vous serez prompts à citer Dacia, LA success story de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, qui s’arroge même le titre de véhicule le plus vendu aux particuliers en France depuis de nombreux mois avec la Sandero. Et puisque vous nous lisez, vous connaissez forcément Oltcit, l’aventure roumaine de Citroën, mais aussi Aro, le fabriquant de 4×4 (et aussi de véhicules à 2 roues motrices) implanté à Brasov. Et si vous êtes aussi pervers que votre hôte, les Rocar (pas Michel), TV ou ROMAN. Mais voilà, à côté de ces acteurs industriels, s’agitait un inventeur. Justin Capră, en l’occurrence. Né en 1933 à Măgureni, dans le județ de Prahova et décédé en 2015 à Ploieşti, cet ingénieur a imaginé une multitude d’objets. Parmi sa centaine d’invention, 72 sont des prototypes de voitures à basse consommation.

Mais Justin Capră n’a pas donné que dans la voiture : ingénieur aéronautique de formation, il a également inventé 7 engins volants. Il est surtout connu pour revendiquer l’invention du jet pack, ce « sac à dos volant » pour reprendre sa dénomination. C’est d’ailleurs l’ingénieur Henri Coandă (à qui l’on doit l’effet Coandă) qui a conseillé Justin Capră pour perfectionner le jet pack. Problème ? Durant le communisme, les citoyens roumains n’avaient pas le droit de posséder d’engin volant, par peur de les voir s’évaporer. Et de fait, Justin Capră n’a pas pu déposer son invention. Il se rapproche alors de l’ambassade des Etats-Unis dont il ressort sans grand soutien et avec le comité d’accueil de la Securitate, la police d’Etat… Après deux semaines passées en prison, alternant interrogatoires et violences, il ressort avec l’interdiction (semble-t-il temporaire) de travailler en tant qu’ingénieur. Capră déclare par la suite que le jet pack américain de Bell Aircraft présenté en 1962 est identique à son invention, à la couleur près. La paternité du jet pack lui sera accordée en 2002 par les Etats-Unis. Mais revenons à l’automobile.

Des inventions en pagaille… et difficiles à répertorier !

Justin Capră avait un point de vue assez tranché sur les automobiles de son temps : elles lui semblaient fort inappropriées car « elle pèsent au bas mot une tonne pour transporter un individu de 70 à 80 kilos ». Voire carrément moins dans mon cas, sans vouloir la ramener. C’est ainsi qu’il construisit de nombreux véhicules efficients au cours de sa vie.

L’histoire de ses inventions automobiles démarre en 1955 : il construit la Virgilius, sa première invention homologuée. Équipée avec un moteur d’avion, elle avait une puissance de 105 chevaux, atteignait 300 km/heure, et pesait 250 kilos. On était loin de son leitmotiv, je vous le concède, mais Capră effectuait alors son service militaire. Durant les années 60, il met au point la Doina [c’est aussi le nom du resto roumain de Paris pour ceux que ça tente, ce n’est pas le Caru Cu Bere mais il vaut le détour]. Et là, on peut parler d’efficience : poids réduit à 180 kg, la voiturette se contente d’un bicylindre deux temps refroidi par air de 500 cm3 développant 18 ch.

En 1973, il crée la Soleta, la plus petite voiture du monde, suivie par une série de prototypes du même nom. Les caractéristiques évoluaient au fil des itérations, à l’image de la Soleta 125 SS de 1983, troisième version de la Soleta. Parmi les autres véhicules, la microcar IC de 1989 à moteur 125 cm3, revendiquant une consommation de 2 l / 100 km à une vitesse moyenne de 50 km/h. De nombreux autres véhicules viendront ponctuer sa vie. Difficile de trouver une base de donnée les répertoriant tous avec leurs caractéristiques.

Parmi les derniers, on trouve l’Oblio 3C, ainsi qu’un autre, portable cette fois-ci : le Troty, sorte de tricycle pliable mû par un moteur électrique implanté dans l’axe de la roue motrice. Et dire qu’on a toujours du mal à avoir des Vélib’ fonctionnels à Paris…

Après toutes ces années, aucun prototype conçu par Justin Capră n’a connu de production en série. A force d’enchaîner les « one-off » et autres prototypes sans suite, l’inventeur a déclaré : « je comprends que mes automobiles ne peuvent pas être réalisées aujourd’hui. Que se passerait-il si les voitures roulaient avec 0,5 litre de carburant au 100 kilomètres ? On fermerait des usines, les gens seraient au chômage, et ils seraient à la rue. Mes inventions ne sont pas pour notre époque, mais leur temps viendra ». Visiblement, l’avenir étant aux SUV électriques autonomes à en croire les modes et les politiciens, on a encore de la marge avant que sa prophétie se réalise.

Via Invention-Europe, Independent, Automobileromanesti, Voitures des Pays de l’Est.

Laisser un commentaire