Oltcit : Citroën în România

En tant que citroéniste ayant vécu en Roumanie, je ne puis rester insensible à l’histoire d’Oltcit. Oltcit ?  La matérialisation de deux de mes passions ? On ne va peut-être pas s’emballer… C’est en tous cas la JV qui a produit la dernière « vraie Citroën », conçue avant le rachat par Peugeot. Je vous invite à découvrir une vidéo d’alors, coincée entre discours corporate et politiquement correct à une époque où la population roumaine souffrait. Et puisque que la Roumanie fête aujourd’hui ses 100 ans, l’excuse est toute trouvée pour vous parler des Oltcit Club et Citroën Axel !

Oltcit, la Citroën d’Olténie

Avant de passer à la vidéo, je vais vous présenter Oltcit. Les lecteurs nous ayant lu sous l’Ancien Régime connaissent sûrement. Nous sommes en 1968 et Nicolae Ceaușescu, secrétaire général du PC roumain, s’oppose aux représailles soviétiques suite au Printemps de Prague. Cela lui vaudra les faveurs de l’Occident. A cette période, les premières Dacia sortent de chaîne. Durant les années 70, le gouvernement roumain cherche à doter le pays d’une voiture plus compacte et abordable que la Dacia et Aro. Après un appel d’offre remporté par Citroën, la joint-venture Oltcit est formée entre les Chevrons et le gouvernement roumain (qui détient 64% de la JV). Président de la Roumanie depuis 1974, Ceaușescu aurait, paraît-il choisi lui-même le site de fabrication de la nouvelle auto. Il s’agit de Craiova, en Olténie (d’où le nom Oltcit, contraction de la région et de Citroën) tandis que le véhicule produit n’est autre que la dernière « vraie » Citroën développée avant la reprise par Peugeot. En effet, à l’époque de l’appel d’offre, la compacte de Citroën est encore en développement. Le projet TA, qui aurait dû donner naissance à la Visa, est proposé à la Roumanie. De l’autre côté du Rideau de Fer, Peugeot rachète Citroën et, économies d’échelles obligent, la future Visa se voit contrainte d’adopter la plateforme de la 104. C’est ainsi que la Roumanie hérite de la dernière Citroën pur jus dont on peut souligner la modernité technique à l’image des 4 freins à disque [parce que la Securitate, c’est important]. Après 8 années de retard, le projet accouche donc de l’Oltcit Club, commercialisée sur certains marchés occidentaux sous le nom de Citroën Axel.

Les accords de JV prévoyaient d’exporter 40% de la production vers les pays du Comecon et vers l’Europe de l’Ouest : c’est ainsi que Citroën se retrouva dans l’embarras avec une Axel fort retardée, mal finie et invendable même en cassant les prix. Des “Oldshit”, comme se plaît à les surnommer notre ami Dom. Ces contraintes d’exportations étaient aussi dues au fait que le Conducator affichait sa volonté d’exporter quasiment tout ce que produisait la Roumanie, quitte à ce que les roumains vivent dans la pénurie, dans le but de combler la dette du pays [comme quoi, il a peut-être existé pire que notre actuel gouvernement]. On pourrait s’étendre quant à l’histoire des Oltcit et Axel mais nos confrères du Blenheim Gang l’ont déjà brillamment fait à notre place.

Citroën Industries de l’autre côté du Rideau de Fer

La vidéo ci-dessous se propose de présenter la fabrication et l’usine d’Oltcit, usine qui fait largement appel à l’intégration locale mais surtout, un site qui produit tout, de l’emboutissage (petits comme grands emboutis) à l’assemblage final. La partie mécanique est également produite localement. On y voit des installations fièrement badgées « Citroën Industrie ». Une autre époque, aussi bien pour la Roumanie, victime de l’absurdité du régime communiste du couple Ceaușescu, que pour l’industrie automobile et PSA en particulier. L’heure est, en effet à l’externalisation de bien des activités.

Depuis la fin des années 80, les Chevrons se sont retirés de la JV, laissant le gouvernement roumain seul à bord. Il est à noter que l’usine de Craiova a connu plusieurs repreneurs : d’abord privatisée, elle a ensuite été le cadre d’une JV roumaine avec Daewoo en 1994. Baptisée Rodae (România Daewoo), elle a produit divers véhicules dont les Tico, Cielo, Espero puis Nubira et surtout Matiz. Repris en 2006 par le gouvernement roumain suite au retrait de GM (propriétaire de Daewoo depuis 2002), le site est vendu à Ford l’année suivante. Il produit aujourd’hui certains moteurs 1.0 Ecoboost ainsi que l’ensemble les SUV Ford Ecosport, succédant au B-Max sur les lignes de fabrication. Place à la vidéo et bon centenaire à nos lecteurs roumains :

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