Souvenez-vous, mai 2018, nous fêtions les 50 ans de la Citroën Méhari autour d’une d’une E-Méhari signée des mains de Jean-Charles de Castelbajac. Colorée à l’image du créateur, elle fut malgré tout unique. Mais cette œuvre était le premier pas d’une collaboration qui semble s’installer dans le temps. D’unique, on passe à 99 exemplaires pour la C3 JCC+. C’est encore peu, mais les couleurs du créateur utilisées avec parcimonie sur la Citroën C3 semble fonctionner et plaire.

The Automobilist : Du bleu ! Du Jaune ! Du Rouge ! Et pourtant, le Citroën C3 JCC+ n’est pas exubérante, à l’image du créateur habillé d’un costume mais réhaussé de basket blanche. Mais comment est née la rencontre entre Jean-Charles de Castelbajac et Citroën ?

Jean-Charles de Castelbajac : Elle est née d’une visite à la présentation du concept Citroën E-Méhari by Courrèges de 2016. Et au flash que j’ai eu sur cette voiture, sa modernité, son côté gonflé. Et bien sûr, la rencontre avec Arnaud Belloni, où est née cette volonté de faire un projet ensemble. D’abord pour célébrer les 50 ans de la Citroën Méhari, la E-Méhari. Et ensuite s’est enclenché le projet de cette voiture, la Citroën C3 JCC+. C’est le début d’une belle histoire qui a commencé comme un road movie en quelque sorte.

TA : L’histoire ne fait donc que commencer ?

JCC : En effet, on va travailler encore pendant quelques années, voire plus si affinités. Il y a quelque chose d’audacieux et de téméraire chez Citroën, comme chez Castelbajac. Il y a l’idée de prise de risque, de faire pour le plus grand nombre des choses différentes. La Citroën C3 JCC+ n’est pas qu’une griffe, c’est une collaboration. Je l’ai appelé la Fashion Car, en réponse à la Art Car E-Méhari. Elle est bien ponctuée de mon style. Ce bleu sur le tableau de bord qui fait penser au bleu Klein. Le Jaune Canari en perspective des rétroviseurs, qui rebondit sur les ponctuelles intérieures. Je trouve que l’ensemble est harmonieux et résolument moderne.

TA : Pourquoi avoir choisi la Citroën C3 dans la gamme ?

JCC : Je souhaitais une voiture confortable, urbaine mais aussi rurale, pour utilisation le weekend.

TA : Mais alors pourquoi 99 exemplaires ?

JCC : Vous savez, il y a l’idée d’édition, pas de rareté, pour une clientèle d’initié. J’adore l’idée des 99 exemplaire à des prix qui ne sont pas au niveau des 99 exemplaires. C’est quelque chose de rare mais accessible au plus grand nombre [NDLR : le tarif est de 22 950 €, proche de la version Shine PureTech 110 ch EAT6 à équipements équivalents].

TA : L’idée de la vente par internet, ça vient de vous ?

JCC : C’est contemporain. On va pouvoir l’acheter via Citroën ou via mon site. C’est une façon moderne d’acheter. Tout comme l’est mon travail et celui de Citroën. Comment ne pas penser à une autre manière de vendre, de communiquer et de montrer les images. La première fois que j’ai parlé de la Citroën C3 JCC+, c’est sur Instagram. Quand 400 personnes likent, je me dit que c’est une voiture qui peut plaire et séduire.

TA : Les 99 seront-ils strictement identiques ?

JCC : Oui, tous identiques, au numéro près. Le numéro est au niveau de la boîte de vitesse.

TA : Quel numéro allez-vous avoir ?

JCC : Je pense que j’aurai la numéro 99.

TA : Peut-on espérer avoir plus d’exemplaires sur une prochaine collaboration ?

JCC : Oui on peut espérer aller au-delà de la centaine. L’idée de la prochaine est de faire une voiture drôle, démocratique, accessible, avec une touche de pop et de fantaisie comme je sais le mettre.

TA : Vous évoquiez tout à l’heure la Citroën E-Méhari by Courrèges, passionné de voitures comme vous.

JCC : J’aime la voiture mais en passager, je suis un peu le DJ de tous les voyages, du road movie. Ce qui important dans une voiture c’est l’idée de confort, la relation intime entre la voiture et le passager. L’idée d’un lâché prise. J’ai une image très inspirante qui m’arrive tous les mercredi soir, quand je vais dans les usines de Le Coq Sportif. Dès que la nuit tombe, cette route au milieu de la forêt, je suis dans un roman noir des années 50 en 2 minutes. Et sur une autre route, ce sera une autre histoire. C’est merveilleux cet écran. C’est comme au cinéma.

TA : La voiture de demain, plus autonome, vous irait parfaitement !

JCC : Je rêve d’une voiture qui me conduise. Et si Citroën me sollicite pour travailler sur un tel projet, bien sûr que j’accepterai.

TA : Pour revenir à Courrèges, il a aussi développé ses propres voitures avec sa femme. N’êtes-vous pas tenté par cette expérience ?

JCC : Non, j’ai toujours aimé les voitures bizarres : amphibies, volante… j’ai toujours aimé les voitures qui aiguisent mon imagination. C’est pourquoi je suis heureux chez Citroën : enfant, j’ai voyagé en Traction et en 2CV, mais aussi le Type H. ces voitures m’ont toujours inspiré. Dans la 2CV, j’étais fasciné par la toile, les fauteuils qui pouvaient s’enlever. Puis la Citroën DS, qui s’élevait comme sur un coussin d’air.

TA : Sur un véhicule, avez-vous plus de contrainte que dans votre métier de créateur ?

JCC : Certes je fais de la mode, mais je viens de l’industrie. C’est le pays où il y a le plus de contraintes, faire un vêtement qui peut paraître léger, futile aux yeux de la société est très complexe. Je viens d’une éducation de contraintes. J’ai aussi travaillé avec Roger Tallon pour Air France, puis Ligne Roset pendant 15 ans pour la création de meuble. Le design industriel et la mode sont une école tout à fait remarquable pour faire du design automobile. Je reprendrai la phrase de Mozart à 14 ans : De la contrainte acceptée naît la liberté. J’aime les contraintes. Mais je n’aime pas souffrir (rires).

TA : Vous parliez de rêves automobiles avec la Citroën DS, ne pensez-vous pas qu’aujourd’hui on rêve moins d’automobile ?

JCC : Le rêve s’est déplacé. Le rêve aujourd’hui est lié à la conscience, à la conscience collective, au partage. A l’héritage qu’on va laisser à nos enfants. On ne peut plus rêver de manière inconséquente en buvant sa bouteille d’eau en plastique tout en sachant que chaque minute il y a des millions de bouteilles qui sortent des usines et qui ne sont pas recyclées. J’ai le sentiment que Citroën est très conscient de ce challenge-là.

TA : Dans l’usage des matériaux, avez-vous un mot à dire ?

JCC : J’ai une règle de vie, d’éthique. Tout ça, ce sont des contraintes et j’aime ces contraintes. J’ai commencé ma carrière en utilisant du tissu recyclé, ça s’appelait des wassingues, du tissus pour faire des serpillières, ou des couvertures de déménageurs. Tout le monde riait et c’est comme ça que je suis devenu célèbre. C’était en 1972. Donc cette conscience-là, je l’ai à l’intérieur de moi. Je suis un fils de la terre, un paysan. J’ai ça en moi et je suis fier de ça. J’ai des racines, bien ancré dans mon pays du Gers.

TA : Pour la suite de votre collaboration, ça pourrait être une piste de se tourner vers des véhicules hybrides voire électriques ?

JCC : Citroën propose et je dispose. C’est un dialogue, un échange. Il y a cette conscience et cette envie de faire bouger les choses. J’espère y être associé. Ici Nous sommes partenaires, nous sommes sur une aventure qui s‘installe, on verra ce que le futur nous réservera. On s’entend bien, on a les mêmes valeurs, on aime les mêmes couleurs. Nous sommes français. Il y a une évidence dans notre collaboration ?

TA : Ne vous seriez pas tenté de participer aux accessoires lifestyle que Citroën propose à la boutique à quelque pas d’ici ?

JCC : Non, Citroën a de bonnes équipes en place. Ils savent faire des produits. Je ne peux pas trop me disperser. Je suis très content de faire une automobile ; C’est plutôt anglais d’avoir des touches de couleur dans ce monde-là. Quand je vois la Citroën C3 JCC+, ça me rappelle des souvenir : le jaune me fait penser aux Taxis de New-York. La surpiqûre rouge est très réussie (en montrant la planche de bord) alors que c’était un travail laborieux avec les équipes de textiles. Je suis très touché qu’on ait pu faire ça dans une voiture. C’est qualitatif.

(Les costumes portés par le personnel Citroën lors du Mondial étaient signés Jean-Charles de Castelbajac NDLR)

TA : Participer à un projet de voiture, ça vous prend beaucoup de temps ?

JCC : On va beaucoup dans le studio de création de Vélizy, Citroën vient chez moi. C’est difficilement quantifiable. Surtout que ce n’est pas le seul projet. C’est une aventure amusante et intéressante. Je suis touché par la volonté de respecter le travail de l’artiste et du designer que je suis. Citroën n’est pas venu chercher juste une griffe. Ce système-là est obsolète. Il faut aimer de l’âme de Castelbajac pour aimer cette voiture. Ce n’est pas juste un geste avec la signature « dessiné par Jean-Charles de Castelbajac ». Ça me rend très joyeux.

TA : êtes-vous impatient de voir les réactions du public ?

JCC : Je vois déjà que les gens sont sensibles. Elle est différente et elle est pop. Pour mieux la comprendre, il faut me comprendre, j’invite les gens à découvrir mon travail sur mon site interne  ou mon Instagram. Ils permettent de comprendre ma transversalité, ce que je fais avec mes partenaires ; ils permettent de comprendre, comment en 50 ans, j’ai installé ma palette chromatique, mon univers, des valeurs de confort, de design et mon univers poétique, artistique.

TA : Comment arrivez-vous à allier la création dans des univers si différents ?

JCC : C’est le même challenge, travailler pour Le Coq Sportif ou Citroën. C’est travailler sur un concept, comment faire du style pour tous, c’est ça mon obsession, mon combat. Et j’adore notre logo JCC+, méta Citroën, méta Jean-Charles de Castelbajac : c’est vraiment l’alliance des deux, nos armoiries.

TA : Merci Jean-Charles de Castelbajac.

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