Essai : Chevrolet Impala V6 LT. Tamed Impala ?

Les américains ont une expression pour désigner la sensation que l’on ressent en conduisant une voiture mièvre dont la destinée est de garnir les parcs de loueurs : « rental feel ». La Chevrolet Impala est abonnée aux parkings d’aéroports et autres parcs de loueurs. Après des années de médiocrité, on s’est demandé ce que valait cette dernière génération d’Impala. En fait, on a surtout été upgradé et on s’est retrouvé en Impala… Bref, c’est l’occasion de voir ce que la grande berline de Chevy a dans le ventre.

Louée soit la Chevrolet Impala

Une grosse Malibu : c’est ce qui vient à l’esprit en regardant la voiture. D’ailleurs, c’est ce qu’elle est techniquement ; une Malibu allongée. Une Malibu ancienne génération, d’ailleurs, la nouvelle ayant recours à une évolution de la plateforme Epsilon II, baptisée E2XX que l’on retrouve aussi sur la dernière Opel Insignia. La plateforme Epsilon II de notre Impala est une vieille connaissance, ayant été étrennée sur plusieurs véhicules dont certains témoignent d’une époque révolue pour GM : Fiat Croma, Pontiac G6, Saab 9-5 ou Saturn Aura, tandis que la Roewe 950 y a également recours. Bref, j’imagine aisément que vous saurez étaler toutes ces connaissances lors de votre prochain dîner mondain. Et si jamais on vous invite un mercredi soir pour en parler, songez alors à vous méfier de vos amis.

En attendant, on peut admirer les lignes plutôt élégantes de l’Impala, dont les flancs sont sculptés de manière à dynamiser la poupe pour en gommer le volume. Pour un peu, la voiture voudrait nous suggérer qu’elle est une propulsion avec un pareil style, mais la zone avant ne trompe pas, c’est bien une traction. Rivale de la Ford Taurus ou de la Toyota Avalon, l’Impala est une full size, i.e. une grande routière de 5,11 m de long. Au programme de notre monture du jour, une livrée gris métallisée, une finition intermédiaire LT et un bloc V6. Le loueur me tend le badge et tente de m’expliquer le système keyless entry avant que je lui explique qu’on est sur The Automobilist et que vous connaissez tout ça. Allez, on monte : le temps m’est compté pour quitter le New Jersey, direction le Massachussetts qui n’est pas seulement une chanson des Bee Gees mais un état d’âmes, Eric. Corollaire : désolé pour les images peu inspirées qui illustreront ce bref essai, faute d’avoir pris le temps d’une vraie séance photo.

Make american cars spacious again

Comme dirait POTUS45, à bord, c’est huuuuuge. Tout est abondant et vaste, aussi bien l’espace habitable, que le volume du coffre ou les rangements. Et la première bonne surprise vient de la qualité perçue. On est loin du temps des années 80 et 90 où GM n’hésitait pas à verser dans la médiocrité pour certains de ses produits en Amérique du Nord. Ici, la planche de bord présente bien, dispose du style caractéristique des Chevy avec la forme en double arche de la coiffe tandis que les garnitures supérieures sont revêtues d’un plastique légèrement rembourré et surpiqué. A aucun moment on ne peut croire à du cuir, bien entendu, mais ça reste plaisant à l’œil. De même que les différents décors soulignés de chrome ou l’aspect biton de l’habitacle mêlant le noir au gris anthracite dans une harmonie de couleurs et grains assez réussie. Les américaines revenaient de loin, on se trouve ici dans un habitacle qui ne serait pas déplacé sur une voiture du segment D en Europe.

La position de conduite est bonne, seul l’accoudoir des contre-portes semble trop éloigné des passagers avant… à moins que ça ne soit moi qui manque un peu de largueur, allez savoir. Un arrêt chez le Roi du Burger n’y changera rien, d’ailleurs. Un autre bémol concerne les sièges. Certes généreusement dimensionnés à l’avant et dotés de réglages électriques, on a la curieuse impression que la tension sur la coiffe diffère significativement entre la zone garnie de textile et celle recouverte de simili cuir. Cela induit une impression de trop grande fermeté en bas des cuisses, comparé à ce que ressent le séant.

Côté infotainment, c’est plutôt bien fichu avec un écran tactile 8 pouces doté d’une belle résolution, réactif et bien hiérarchisé. Pas de navigation de série mais la possibilité de connecter son téléphone, de déconnecter Apple Car Play qui est moins bien fait que le système MyLink de Chevrolet et d’écouter sa musique, bien restituée sur les 6 HP de l’Impala. Quant à l’habitabilité, si vous avez plein de valises, dites-vous bien que ça rentrera. Il y a de la place pour 5 personnes mais seulement 4 appui-têtes… Eh oui, ce n’est pas obligatoire à l’arrière aux USA, contrairement à certains marchés d’Europe comme la Slovaquie. En parlant d’appuie-tête, ceux de l’avant se règlent en hauteur et en profondeur, tandis que ceux de l’arrière semble hésiter entre inclinaison et escamotage dans leur cinématique. Et si jamais le cinquième passager se plaint de ne pas avoir d’appuie-tête, rabattez l’accoudoir et laissez-le sur le carreau.

Au volant : wild ou tame Impala ?

Avec un V6 sous le capot, on peut s’attendre à ce que l’Impala soit un tant soit peu sympathique. Au programme : un six cylindres de 3,6 l de 305 ch (à 6 800 tr/min) pour un couple maxi de 350 Nm à 5 200 tr/min, le tout étant associé à une boîte automatique 6 rapports. On sort de la ville où la voiture fait montre de beaucoup de douceur, la principale fausse note émanant de la transmission, les rapports ne s’égrainant pas dans une parfaite fluidité. Si ça reste acceptable, on perçoit toutefois les changements de vitesses. Direction l’autoroute pour tester les limitations de vitesses déraisonnablement basses des USA. De toutes façons, sur les 305 chevaux, une bonne partie devait être en congés ce jour-là…

Nous quittons le New Jersey pour le Massachussetts en passant par Berlin Est ; le rythme s’accélère, la direction ne se durcit pas. Rampes d’autoroutes, virages, rien n’y fait : on ne sent absolument pas cette voiture. Difficile de faire confiance en l’équilibre de notre Chevrolet Impala étant donné qu’on a du mal à percevoir où l’on place ses roues. En fait, la direction est sous anesthésie. C’est la seule chose qui vient à l’esprit. Elle a été paramétrée pour orienter les roues à droite quand on tourne le volant à droite et réciproquement mais c’est tout ce qu’elle daigne faire. Aucune remontée d’information, aucune sensation de conduite. J’imagine que les enveloppes all-season (235/50 R18) de chez Firestone n’aident en rien à améliorer les impressions au volant.

Et ne comptez pas tellement sur le reste : la pédale de freins est spongieuse à souhait tandis que la boîte est lente à rétrograder. La seule, façon de garder du frein moteur est de basculer en mode manuel, un interrupteur +/- siégeant au sommet du sélecteur de vitesse. Autre grief, un angle mort franchement important sur le flanc gauche, le rétroviseur n’étant pas asphérique (ni généreusment dimensionné, d’ailleurs). Pensez à bouger la tête avant de changer de file. On se consolera comme on peut avec une filtration honorable des suspensions, une insonorisation fort correcte et… non, en fait, elle a bien ce « rental feel » qui fait qu’il faut vraiment ne pas aimer conduire pour en acheter une. Heureusement que les loueurs sont là pour faire tourner les usines ! Un mot sur la conso, la Chevy Impala V6 est donnée pour 29 mpg sur autoroute, j’ai atteint 29,7 mpg (soit 7,9 l/100 km si on compte en Euro) malgré de nombreux moments d’absence quant au respect des limitations. Pas si mal pour une grosse routière de 1,7 T.

On rend les clés.

On approche de Boston, ville réputée pour sa célèbre fête du thé si j’ai bien compris mes cours d’Histoire. Après quelques heures de conduite, il est grand temps de nous séparer de notre Impala et de son immense coffre. Sans regret ? Nan, vraiment, sans regret. Enfin, si, un : il y avait une plaque d’immatriculation dans la boîte à gants. Souvenir tentant, mais n’étant ni cleptomane ni collectionneur, je me suis abstenu. Ah, et la voiture ? Si vous vous retrouvez à louer une Impala, vous pourrez vous réjouir d’avoir une voiture spacieuse pour vous et vos bagages, avec un infotainment très moderne. Mais oubliez par avance tout espoir de plaisir de conduire… On pourra au moins se dire qu’on a conduit un V6, ça devient si rare lorsque l’on vit en France.

Quant à vous, si vous vivez au pays de Stormy Daniels, sachez que vous pouvez acquérir cette Chevrolet Impala V6 LT pour $ 30.295, comprenant une riche dotation de série : clim bizone, système Chevrolet MyLink (écran tactile, ports USB, audio 6 HP), caméra de recul, jantes en alliage, peinture métal et système keyless. En système métrique, ça revient à 26 070 €. Une Ford Taurus équivalente est à peine plus chère avec le V6 3,5 l Ecoboost de 288 ch. Et dire qu’à ce tarif, on a une Focus 3 cylindres en France… Mais ça nous éloigne de l’Impala : vaste, bien présentée mais indolore. Comme un stéréotype de voiture de location. Dieu et l’Impala ont donc ceci de commun qu’on peut les louer.

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