Si Audi, à l’instar des autres constructeurs, premium ou non, compte dans sa gamme, sous l’appellation « Q », pléthore de SUV de toutes tailles il faut en revanche souligner que la marque bavaroise n’avait, jusqu’ici, pas succombé à la tentation du SUV coupé. Un décalage plutôt surprenant quand on sait le succès que rencontrent ce genre de déclinaisons chez les concurrents directs, certains en étant bientôt à leur troisième génération, mais qui aura donné à Audi tout le temps nécessaire pour proposer sa propre vision de cette catégorie.
Une vision qui, avant d’adopter des formats plus modestes dans les années à venir avec les Q6 et Q4 (ou Q3 Sportback selon les informations), s’inscrit dans le renouvellement de la gamme par le haut en venant proposer, aux côtés du Q7 et de l’A8, une troisième alternative luxueuse : le Q8.
Ce grand SUV Coupé au dessin assez éloigné de celui de ses concurrents directs semble vouloir jouer une partition légèrement différente afin de sortir du lot. Pour nous en rendre compte nous l’avons emmené vers les sommets qu’il prétend tutoyer afin de lui permettre de s’exprimer sur tous les terrains de jeu et de vérifier si ce Q8 est bien armé pour vous séduire.

Massif et intimidant mais coupé et séduisant

Face à BMW et Mercedes-Benz dont les grands SUV coupés (on parle de SAC parfois) sont des déclinaisons visuellement aisées à rattacher aux X5 ou GLE, Audi n’a pas choisi exactement la même démarche. Si le Q8 est bien à considérer, en terme marketing, comme la version coupé du Q7, il s’éloigne en revanche nettement de ce dernier d’un point de vue stylistique. Ça ne durera peut-être pas, les premières images du restylage du Q7 laissant clairement percevoir l’adoption d’une face avant se rapprochant du « petit » nouveau, mais, en attendant, force est de constater que la philosophie voulue par Audi pour son Q8 ne répond pas aux mêmes objectifs que les autres.

Du coup, si c’est bien à une Audi que nous avons affaire, l’effet nouveauté semble plus marqué ici car, résolument, le style acéré et anguleux de ce Q8 tranche par rapport au design habituellement lisse et policé auquel le constructeur d’Ingolstadt nous a longtemps habitué.

La calandre « single frame » plus large et frondeuse que jamais s’apparente pourtant à celle des dernières A8, A7 et A6 tout en lui insufflant, grâce à une étroitesse plus prononcée, ce surplus de “démonstrativité” bien adaptée à un genre de véhicule guère pensé pour passer inaperçu. Proposée en gris mat (sur notre modèle d’essai ce qui entraine automatiquement l’adoption de la finition S-Line), en noir laqué ou, de base, en couleur carrosserie, avec une conséquence non négligeable sur l’aspect final, elle se montre saillante, proéminente et bien plus agressive que sur les berlines précitées.

Point positif, l’adoption de lignes chromées verticales, et non horizontales comme sur la plupart des autres Audi, permet d’offrir aux radars une intégration autrement plus discrète dans cette face avant. La calandre, bien secondée par des optiques fines, elles aussi très anguleuses et à l’aspect high-tech, confère à l’avant un indéniable côté dynamique, offre à notre Q8 une sportivité de bon aloi et une identité bien à lui. On pourra certes chipoter sur le petit insert noir sous les phares mais il se fait finalement assez vite oublier, l’œil étant bien plus attiré par l’original retour couleur carrosserie ou les larges entrées d’air contribuant activement à cette sensation de « gueule », presque méchante, et en tout cas prometteuse quant aux velléités de l’engin.

Mais le plus séduisant reste sans doute le profil et le traitement de sa partie arrière. Audi, en ne cherchant pas nécessairement à appliquer la solution simple (simpliste ?) de la plupart des coupés, à savoir faire classiquement plonger le pavillon en pente plus ou moins douce vers l’arrière, est parvenu à insuffler suffisamment de dynamisme à son Q8 tout en lui évitant un disgracieux popotin. La solution retenue ? Celle d’un pavillon certes pas horizontal mais à l’inclinaison bien plus modérée que d’autres aboutissant sur un hayon, marquant lui une rupture assez nette en chutant, presque brutalement, sur l’arrière. Cet effet est renforcé par un beau et épais cerclage chromé autour des vitres qui reprend un dessin typiquement Audi qu’on retrouve de façon assez similaire sur nombre d’autres modèles du constructeur comme le Q3, l’e-Tron, l’A6 Avant ou, et ce n’est pas anodin, sur le coupé A5.

Le traitement du hayon confère beaucoup de dynamisme au Q8

Pour parfaire la panoplie sportive, le Q8 adopte un ou deux autres attributs du genre : les vitres sans encadrement d’une part et les généreuses jantes d’autres part. Et quand on parle de générosité sur ce point on ne vous ment pas puisque c’est carrément avec du 22 pouces (option à 1540 € pour le modèle) que le véhicule se chausse. Vous serez sans doute moins enclin à réutiliser l’adjectif généreux à propos du tarif du pneumatique mais, en contrepartie, on ne peut que difficilement dire que les passages de roue ne sont pas assez remplis. C’est d’ailleurs un élément qui, avec l’absence d’arches de roue proéminentes ou en plastique, la ceinture de caisse très haute, les hanches prononcées et la faible surface vitrée, contribue au réel aspect dynamique du Q8.

Terminons ce tour du propriétaire par l’arrière du véhicule. Dominé par des lignes horizontales contribuant efficacement à réduire visuellement la hauteur du Q8, il dégage une plus grande sobriété que l’avant. On remarquera qu’Audi a cédé à la mode du bandeau lumineux reliant de part en part les optiques biseautées au dessin intérieur très travaillé mais a une nouvelle fois reconduit les sorties d’échappement factices. Un détail toujours aussi incompréhensible quand on cherche à ce point à mettre en valeur ces mêmes sorties par le dessin résolument sportif du bas de pare-chocs.

Le Q8 en impose donc sérieusement au premier regard et ne coiffe pas pour rien la gamme du constructeur aux anneaux. Mais, aussi surprenant que cela puisse paraitre, ce n’est pas nécessairement par son gabarit, qu’il a pourtant fort beau. Nous nous sommes ainsi surpris à vérifier ses cotes par deux fois car, si les 200 cm de largeur semblent bien tous être là on est un peu plus étonné par les 499 de la longueur. Entendons-nous bien, le Q8 est un bon gros bébé, ça se voit rapidement, mais il n’empêche que sa plastique avantageuse, son style aux lignes tendues et sans doute aussi sa hauteur plus mesurée (1,71 m) atténuent grandement l’effet « parpaing » qu’on imagine a priori ressentir lorsqu’on évoque cette catégorie.

High-tech et innovant mais pratique et accueillant

Pour qui s’est intéressé d’un peu près aux dernières productions d’Ingolstadt (A8, A7, A6 et même e-Tron) l’intérieur du Q8 ne constituera pas une surprise, pour les autres peut-être un peu plus. Dans tous les cas ce sera une expérience qui n’a rien de traumatisante, bien au contraire, sauf à être totalement allergique à la technologie et au numérique. Dans ce cas d’ailleurs nous avons le regret de vous dire qu’il ne reste plus grand-chose pour préserver votre santé dans le monde automobile. Et que ça ne va pas aller en s’arrangeant.

Mais avant cette montée à bord, rendons tout de même à César ce qui appartient à ce Q8 : son sens de l’accueil… et du « j’t’en mets plein la vue tout de suite et aux passants aussi histoire que tu puisses vraiment te la péter direct et montrer au monde entier ta réussite sociale, et le reste… ». Hum… L’ouverture de votre Q8 s’accompagne en effet, à l’instar de l’Audi A7, d’une petite mais spectaculaire cinématique visuelle des optiques avant et arrière (à découvrir dans notre vidéo à la fin de cet essai) qui ne passe vraiment pas inaperçue. Bon, nous en tout cas, on assume pleinement, on a adoré et on a d’ailleurs copieusement joué avec, même à plus d’heure.

Les vitres sans encadrement font toujours leur petit effet. On se rend également compte ici de la hauteur de caisse.

Rajoutez à cela les vitres sans encadrement qui, comme toujours avec pareil choix, s’abaissent légèrement à l’ouverture des portes ou encore, quand vous refermez votre véhicule, le très efficace et discret système soft close (sans le temps de latence constaté sur l’A6 Avant) et, sans même avoir pénétré dans le véhicule, vous sentez qu’il va bien s’occuper de vous.

D’ailleurs c’est le cas et on le constate rapidement. Au rang un les sièges s’avèrent immédiatement confortables. Visiblement pensés pour des morphologies généreuses ils sont très larges, au point que le maintien latéral puisse pêcher un peu pour des gabarits plus modestes. Qu’on se rassure, cela peut s’ajuster, électriquement comme il se doit. Les sièges sont par ailleurs chargés de s’occuper de votre bien-être en toute circonstance puisqu’ils sont chauffants, ventilés et massants. Une fonction bien calibrée et agréable qu’il est possible de déclencher via les réglages de l’écran tactile du bas ou en appuyant sur le bouton central des réglages électriques du siège situés au pied de ces derniers.

Les sièges arrière se montrent un peu moins larges, nettement moins même pour celui du milieu sans toutefois que cela vire à la punition, et un rien moins confortables. Mais on oublie immédiatement ces petits détails tant on est agréablement surpris par l’espace aux jambes offert par ce Q8. Coulissante sur une dizaine de centimètres la banquette 2/3-1/3 permet de choisir qui vous souhaitez dorloter en priorité, vos bagages ou vos passagers. Si votre choix se porte sur eux, ils se retrouveront véritablement en classe Pullman. Pas de soucis non plus en hauteur où les plus grands ne devraient pas avoir à s’inquiéter pour leur coupe de cheveux, le pavillon étant creusé de part et d’autre du plafonnier central situé au-dessus de la place du même nom. Seul l’occupant de cet emplacement pourrait éventuellement être gêné. L’Audi Q8 se met donc en quatre pour vous accueillir à cinq sans aucune difficulté.

Côté bagages, il faudra en revanche modérer un peu ses envies d’emporter l’intégralité de son armoire. Le volume du coffre n’est absolument pas ridicule mais avec 605 l il ne fait pas mieux que la concurrence et même parfois moins bien. Cela étant dit, le coffre du Q8, et plus généralement sa modularité, permettent d’envisager le transport d’objets volumineux sans trop de difficultés. Comme évoqué plus haut, les sièges arrière coulissent (pas électriquement et malheureusement en laissant un « trou » dans lequel se perdront presque assurément des éléments essentiels à votre voyage) mais ils se rabattent également – toujours pas électriquement non plus et pas depuis le coffre – selon le même schéma.

Ils offrent ainsi, à défaut d’un plancher plat, un espace de chargement porté à 1755 l. Par ailleurs la soute offre des formes très régulières et, si le seuil de chargement vous parait haut, une pression sur un bouton situé à gauche (attention à ne pas presser sur celui de l’attelage amovible qui viendra alors vous bumper dans les tibias) permettra de profiter des merveilles de la suspension pneumatique en abaissant l’arrière du véhicule.

Avec tout ça on en oublierait presque notre tableau de bord alors revenons-y. Tout en horizontalité il reprend donc le dessin lancé par la grande A8 en faisant la part belle, c’est peu de le dire, aux écrans insérés de manière affleurante. Le principal, destiné surtout à l’infodivertissement et qui tombe idéalement sous la main, est situé à mi-hauteur devant la console centrale. Cette dernière en accueille un deuxième, placé en dessous du précédent, dont les fonctions sont surtout dédiées aux réglages de confort. Le troisième se trouve pour sa part devant vos yeux puisque le Q8 bénéficie naturellement du Virtual Cockpit. Enfin, un quatrième, plus petit, est situé à l’arrière pour les réglages de climatisation des passagers.
Trois sur les quatre sont tactiles, avec un retour haptique fort bienvenu quand on conduit, et, en conséquence, il ne sera vraiment pas inutile d’investir dans un stock de chiffons microfibres si vous souhaitez que l’ensemble conserve une certaine prestance. Ce d’autant plus que les parements en noir laqué, s’ils sont très agréables à l’œil, ne seront pas non plus simples à maintenir bien nets vu qu’ils n’aiment guère la poussière. Ou plutôt qu’ils l’adorent et l’attirent irrésistiblement.

Mais ces petits détails pratiques ne viennent aucunement troubler l’excellente sensation qualitative qui se dégage de cet habitacle. Comme toujours chez Audi les ajustements sont quasiment inattaquables, les matériaux sont de grande qualité et tous les objets qui tombent sous vos mains ou vos doigts inspirent plus que de la confiance aussi bien par leur texture que par le son rassurant qu’ils peuvent émettre. L’alliance des couleurs de notre modèle d’essai, plastiques gris, cuir brun sarde et inserts en bois frêne brun n’étaient pas des plus convaincante, manquant notamment de contrastes, mais le catalogue vous laissera la possibilité d’autres choix de composition. Ils ne sont toutefois pas si nombreux dans cette finition Avus Extended puisque seuls 4 couleurs de cuirs et deux types d’inserts sont proposés. Bon, vous pourrez toujours passer par la case Audi Exclusive si vous n’y trouvez pas votre bonheur.

Rien à dire sur la finition, même dans des parties cachées, mais que ces pédales sont banales !

Dans cet univers raffiné on trouvera cependant étonnant de découvrir quelques plastiques durs sur le bas des contre-portes ou le pilier central, qui par ailleurs sonne un peu creux. On relèvera aussi l’absence de suédine pour habiller les montants de pare-brise (l’option Alcantara est à 1760 €) et on déplorera quand même franchement que les pédales de frein et d’accélérateur n’aient pas bénéficié d’un peu de métal décoratif pour les rendre moins banales, a fortiori avec la finition S-Line de notre modèle. Deviendrait-on trop exigeant à chipoter sur des détails qui font sourire au minimum un lecteur sur deux et leurs donnent envie de nous qualifier de tripoteurs de plastiques moussés ? Ce serait oublier un peu vite le niveau de gamme dans lequel se positionne ce Q8 et le tarif à 6 chiffres affiché par notre modèle d’essai dont vous découvrirez le détail un peu plus bas. Parce qu’avant de parler des choses qui fâchent on va plutôt parler de réjouissances. Au volant.

Lourd et imposant mais confortable et performant

Avec ses 4,99 m de long, ses 2,00 m de large et ses 2230 kg le Q8 ne se classe pas d’emblée dans la catégorie ballerine. Son format parait d’ailleurs assez peu européen même s’il saura finalement convenir aux rues de la capitale, d’où nous partons, comme aux chemins escarpés des Alpes, où nous l’emmenons. L’essai dynamique débute donc dans des conditions d’utilisation urbaines. Nous avons craint que la taille du Q8 ne l’empêche de circuler, à l’image des ailes de l’albatros baudelairien, et s’il est vrai que le SUV d’Audi n’est pas poète il réussit malgré tout à se frayer un chemin sans difficulté dans le trafic. La position de conduite, très facile à régler pour toutes les morphologies et assez nettement surélevée comme il se doit sur tout bon SUV, permet avec une bonne vision périphérique de très rapidement appréhender le gabarit du véhicule.

Toutefois pour les manœuvres on apprécie grandement les aides proposées. En particulier celles du remarquable système de vue à 360° permettant littéralement de tourner tout autour de sa voiture. Dynamique et précise (les feux stops ou les clignotants s’allument ainsi sur l’écran comme dans la réalité… mais la couleur du véhicule n’est pas la bonne, quel dommage !) cette projection rend les créneaux et les demi-tours d’une facilité déconcertante et vous donnerait presque envie de vous balader dans les parkings les plus étroits du pays histoire de s’y amuser.

La ville n’est donc pas foncièrement un problème pour cette Audi mais un peu d’espace ne lui fera toutefois pas de mal. Place donc à l’autoroute où le Q8 se révèle absolument impérial. Le bloc de cette version 50 TDI, le seul pour le moment disponible, est un 6 cylindres en V cubant 2967 cm3, développant 286 ch et surtout 600 Nm de couple dès 2250 tr/min. Il est ainsi parfaitement adapté pour emmener avec une aisance certaine notre SUV. Associé à la boîte automatique Tiptronic à 8 rapports dont les passages sont très doux et au système quattro (avec 60 % du couple sur l’arrière en conditions classiques) il permet une insertion sereine sur la voie rapide. Une fois lancé, le moteur, à la sonorité plaisante pour un diesel, se fait totalement oublier et l’on se retrouve dans un univers feutré remarquablement insonorisé et particulièrement confortable. Le long trajet autoroutier permet alors de profiter pleinement des très nombreuses aides à la conduite mais aussi des 730 W et du 3D Surround du système audio Advanced Bang & Olufsen (option à 6350 euros). Clair, limpide et puissant le son est idéalement réparti dans l’habitacle et tous les passagers en profitent avec le même plaisir.

La féerie technologique de l’Audi Q8 se vit encore mieux la nuit. Malgré la profusion d’écran à bord, l’on ne souffre d’aucune gêne visuelle, grâce à des fonds d’écrans noirs profonds. L’intensité lumineuse n’est pas non plus un problème du côté des liserés de diodes, dont on peut régler l’éclairage comme la couleur. Enfin, et c’est là le plus important, l’Audi Q8 est un régal à conduire de nuit, presque encore plus que de jour. La vision nocturne (option à 2480 €) est efficace, quoiqu’un tantinet plus floue que sur une Peugeot 508, tandis que les optiques aux LED matriciels adaptent leur flux lumineux au trafic.

Et c’est purement magique de voir ce ballet de diodes s’allumer puis s’éteindre selon les virages ou selon le nombre de voitures en face de vous afin de ne pas les éblouir. Le Q8 propose même un éclairage latéral fort utile dans les lacets de montagne que nous atteignons finalement, éclairant la route comme en plein jour. A l’arrivée de ce long périple de plus de 600 km nous sommes certes fatigués par l’heure tardive mais certainement pas par le véhicule qui brille véritablement par son très grand confort. La suspension pneumatique fait ici des miracles et la taille des jantes, qui conservent il est vrai encore suffisamment de caoutchouc, ne vient aucunement perturber l’un des très gros points forts de ce Q8.

On n’en attendait pas moins d’un véhicule de ce niveau de gamme et dans un exercice qui apparait a priori totalement dévolu à une auto de ce calibre. Mais le Q8 a su nous épater aussi dans le domaine du dynamisme et de l’agilité où nous ne l’aurions pas, de prime abord, imaginé très à l’aise. N’allez pas ici conclure immédiatement que cette Audi est une authentique sportive, les 2,2 tonnes de l’engin sont bien toutes là et il ne faut vraiment pas hésiter à appuyer sur la pédale de frein, un peu spongieuse, pour ralentir la bête, mais très franchement elle s’en sort plus qu’avec les honneurs.
Sur les petites routes alpines, escarpées et savamment tortueuses, le Q8 n’est en effet pas loin d’impressionner. Pourtant le mode dynamique que nous sélectionnons sur l’écran tactile se révèle, comme souvent, trop peu différencié des autres. Il maintient certes un peu plus la caisse mais les changements d’appuis amènent toujours le véhicule à s’écraser assez nettement à chaque virage. C’est d’ailleurs plutôt mieux niveau sensations, on aurait peine à s’imaginer le véhicule sans prise de roulis. Mais malgré cet amortissement toujours assez souple (et toujours très confortable c’est à souligner) le Q8 mené à vive allure enchaîne les courbes sans difficulté, les petites comme les grandes.

Les roues arrière sont directrices avec un angle maxi de 5°

La direction peu communicative est cependant très précise, le train avant plutôt incisif n’apparaît pas pataud et le train arrière suit efficacement sans broncher. Il faut dire que notre véhicule était équipé des quatre roues directrices et que, même si l’angle qu’elles peuvent adopter à l’arrière est limité (5° maxi) le gain pour l’agilité semble indéniable.

Dans cet exercice le moteur fait montre également d’une belle souplesse et d’une tonicité remarquable mais on se montrera moins enthousiastes sur la boîte de vitesses trop lente, en particulier au rétrogradage, et qui, même en la contrôlant avec les très agréables palettes au volant ne vous laissera jamais totalement libre du rapport à engager.

Il n’empêche qu’on ne peut que conclure positivement quant aux prestations dynamiques du Q8. Si en plus il s’avérait être un SUV un tantinet baroudeur le bilan serait exceptionnel. Mais autant être clair, nous ne nous sommes pas aventurés à tester ses capacités en offroad au-delà de quelques chemins en bon état ou d’un alpage pas trop gras. Non qu’il soit incapable de faire mieux, sa transmission intégrale et sa garde au sol ajustable jusqu’à près de 25 cm lui permettant sans difficulté de s’aventurer hors du macadam, mais simplement parce que, d’une part, la monte pneumatique a très vite montré qu’elle était allergique à la moindre herbe humide, que d’autre part les protections de carrosserie sont inexistantes et qu’enfin, disons-le clairement, la philosophie de l’engin n’est absolument pas celle d’un 4×4 pur et dur. Et comme lors de cet essai notre Q8 avait en face de lui un expert en la matière, il ne nous semblait vraiment pas utile d’en rajouter.

Au petit jeu du “je grimpe aux arbres” le Q8 ne remportera pas la bataille

Moderne et haut de gamme mais élitiste et exorbitant

Vous voulez un Q8 ? Pas de problème, rendez-vous chez votre concessionnaire aux anneaux le plus proche, tendez-lui un chèque de 78 300 € et il est à vous…

Vous voulez notre modèle d’essai ? Pas de problème rendez-vous chez votre concessionnaire aux anneaux le plus proche, tendez-lui un chèque de 125 040 € et il est à vous… Ah, et n’oubliez pas non plus la petite rallonge de 8460 € pour le malus en NEDC (178 g/km) qui pourrait, selon les derniers barèmes à mettre en place, se transformer en 10 500 € en janvier prochain en WLTP (222 g/km). Forcément ça pique.

Comme d’habitude, essayons de garder notre calme et de regarder ce tarif, exorbitant pour la plupart d’entre nous, à la lumière des prestations de ce Q8 et de ses concurrents directs. Ne pas pouvoir vous l’acheter ne signifie en aucun cas que ce SUV soit simplement à jeter à la poubelle, il se destine à un marché particulier, certes assez restreint à l’échelle d’un pays comme la France, vous n’en croiserez forcément pas à tous les coins de rue, mais déjà nettement moins réduit à une échelle mondiale. Audi vise clairement une clientèle extrêmement aisée, en particulier aux États-Unis ou en Chine.

Une clientèle tout sauf crédule et généralement très exigeante qui, si elle juge ce genre de véhicule à la hauteur de ses attentes, n’hésitera pas à y mettre le prix. Le Q8 semble à ce titre positionné avec une certaine cohérence et couvre tout de même un panel de consommateurs assez large avec son catalogue limité pour le moment d’un point de vue motorisation. La finition de base n’est ainsi pas dépouillée et offre déjà une expérience du haut de gamme que l’on peut qualifier de complète. Il faudra en l’état se passer de peinture métallisée, se contenter d’une monte de 19 pouces, accepter de poser son popotin sur un “vulgaire” cuir MonoPur et oublier les caméras pour les manœuvres mais les équipements vraiment essentiels et surtout la motorisation seront bien là.

En montant en gamme dans les finitions S-Line, Avus ou Avus Extended (celle de notre modèle d’essai) on fait effectivement grimper la facture allègrement. Mais on obtient un véhicule qui s’approche du sur-mesure et dont le prix ne dépend réellement que de vos envies. Équipé de pratiquement toutes les options possibles (pratiquement…) notre Q8 d’essai tutoie donc les sommets financiers. Mais il n’est pas le seul et, à ces hauteurs, on retrouve plusieurs concurrents directs tout aussi inaccessibles économiquement parlant.

Un BMW X6 de puissance approchante (258 ch) propose un ticket d’entrée à 74 300 € mais, sauf à opter pour la version M50d autrement plus véloce, peine il est vrai à vous faire atteindre les 100 000 €. Quelle tristesse. Heureusement que la nouvelle génération qui arrive devrait permettre d’y remédier. Chez Mercedes-Benz le GLE Coupé en diesel 258 ch (lui aussi) débute à 72 701 € mais il est plus facile chez l’étoile de faire grimper l’addition au-delà du seuil symbolique des 100 000 € et, là encore, d’autres motorisations au catalogue vous autoriseront à aller plus loin. A ces deux concurrents positionnés frontalement face à notre Q8, mais appartenant tous deux à la génération précédente, on rajoutera éventuellement les propositions de Land Rover, un peu différentes, avec le Vélar ou éventuellement le Range Rover Sport.

Quel que soit le concurrent désigné, on constate systématiquement que le Q8 affiche des prétentions tarifaires un peu plus élevées que les autres et qu’il fait donc payer assez cher ses excellentes prestations et les nouveautés technologiques dont ne disposent pas encore ses petits camarades de jeu.

Rajoutons pour être vraiment complets nos relevés de consommation. Équipé d’une hybridation légère grâce à son alterno-démarreur de 48 V permettant de couper le moteur dans certaines situations, le Q8 met en avant, sur le papier, des valeurs remarquablement basses pour la catégorie. Notre constat doit cependant nuancer tout cela. Nous avons effectué 1442 km à bord du Q8 et ce dernier a englouti 140 litres de gasoil, soit une consommation moyenne de 9,7 l/100.

Intrinsèquement, en tenant compte du poids, du parcours essentiellement autoroutier, de la puissance du véhicule et du rythme soutenu de certaines portions d’essai c’est plutôt raisonnable. Il n’y a cependant pas vraiment de miracle et nous nous retrouvons assez loin de la promesse du cycle NEDC avec ses 6,8 l/100. Mais plus proches toutefois du cycle WLTP et ses 8,9 l/100. Il serait bon en revanche que l’ordinateur de bord se montre un peu plus précis que les très optimistes 8,1 l/100 qu’il nous a fièrement affiché. Bref, acheter et rouler en Audi Q8 nécessite un budget conséquent et ça n’a vraiment rien de surprenant.

Un Q8 s’est caché sur cette photo. Sauras-tu le découvrir ?

Conclusion

On a beau le tourner dans tous les sens, garder la tête la plus froide possible, ne pas céder aux sirènes du luxe ou ne pas tomber dans les a priori les plus farfelus quant au blason du véhicule nous devons tout simplement le reconnaitre et l’écrire : ce Q8 nous a beaucoup plu et ça n’a absolument rien d’illogique. Doté d’un look distinctif, bien construit, bien motorisé, bien suspendu, équipé des dernières technologies d’aides à la conduite et de confort ce grand SUV ne peut guère être critiqué que par son prix qui se justifie pourtant globalement quand on s’affiche, comme il le fait, en véhicule haut de gamme et luxueux. Mais si vous en avez les moyens, alors aucun doute, allez essayer le Q8 et vous risquez fort de trouver ce SUV coupé plus que convaincant.

Retrouvez aussi l’essentiel de cet essai en vidéo :

https://www.youtube.com/watch?v=rFwUMB9BHaM

Et le plein de photos avec, entre autres, une belle rencontre nocturne 😉

Crédit Photos : Theautomobilist(s)

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