A l’heure de la prolifération des SUV à 2-roues motrices, nous sommes allés essayer un ténor historique de la catégorie 4×4, le Toyota Land Cruiser. Équipé d’un moteur anachronique dans le monde automobile actuel, ce monstre japonais nous a rappelés ce qu’était un vrai 4×4, et en quoi il en était l’archétype. Un baroudeur qui n’a peur de rien, qui sait tout faire et qui surtout, pourra aller chercher ses cousins les SUV dès qu’une de leurs roues quittera le bitume… C’est parti pour un essai d’aventures au volant d’une voiture atypique.

Essai Toyota Land Cruiser

Toyota Land Cruiser : bourgeois bohème

Une fois n’est pas coutume, mais presque, c’est dans un parking souterrain aux voies de circulation assez restreintes que nous prenons possession de la voiture de cet essai. Le grand Land Cruiser me donnera bien du fil à retordre pour être sorti sans encombre. Ce n’est pas tant sa facilité à braquer, mais l’impression de conduire un camion une fois assis -en hauteur- dans l’habitacle. Pourtant, les dimensions ne sont pas extraordinaires pour un tel engin. En effet, la longueur plafonne à 4,84 m, alors que la hauteur atteint 1,84 m et la largeur “seulement” 1,88 m.

Le volume de la voiture demeure quand même massif, et l’ensemble paraît plus imposant encore qu’il ne l’est réellement. Cela ne semble pas venir de la très belle couleur Sepia métallisée (une option à 800 €) qui habille notre modèle, comme ça peut l’être selon les voitures. A l’avant, le capot interminable plonge sur une imposante calandre chromée à lames verticales. Les blocs optiques sont positionnés assez haut sur la voiture et viennent se fondre dans la-dite calandre. L’ensemble, vu depuis le rétroviseur intérieur d’une autre voiture, est plutôt intimidant !

Les lignes de la voiture sont, dans leur globalité, assez simples. Ici, il n’y a pas de place pour les arrêtes de style inutiles, les fausses prises d’air ou même, les détails. Chaque élément semble fonctionnel. La garde-au-sol paraît pouvoir gérer tous les obstacles possibles et imaginables. Le bas-de-caisse s’est vu greffer un marchepied pour un style très Jurassic Park. Seules les jantes de 19 pouces diamantées contrastent avec le look de baroudeur. C’est dommage, cela pourrait le reléguer aux beaux quartiers pour nombre d’observateurs, tant l’on s’attend plus à voir des jantes brillantes en ville que dans un chemin de terre plein de boue.

A l’arrière, on retrouve la porte de coffre, qui n’est pas un hayon, très imposante. En-dessous d’elle se laisse entre-apercevoir la roue de secours et les derniers carters de protection. Les feux reprennent les reliefs des dernières productions de la marque. Les bras de suspensions sont visibles pour qui serait dans une auto plus basse et la hauteur entre le garde-boue et la roue semble plus grande que tout le reste de la production automobile. Par contre, le Land Cruiser ne peut que laisser transparaître la difficulté stylistique qu’il y a à remplacer ce genre de véhicules tant il est proche de ses prédécesseurs.

Essai Toyota Land Cruiser

Cocon intérieur

Une fois à bord du Toyota Land Cruiser, la première impression qui nous envahit est celle de dominer le trafic routier. Un Mercedes GLE Coupé ? On peut presque le toiser et n’en voir que le toit ouvrant. Une Renault Twingo ? C’est à peine si on peut la distinguer. Aux premiers abords, le siège conducteur tendu de cuir s’avère confortable, bien qu’un peu dur à l’usage. L’intérieur est à l’image de l’extérieur : massif et imposant.

Ici, pas de place pour les fioritures. Le volant accueille les fonctions les plus utiles et s’avère de ce fait assez simple à utiliser. Seule la commande du régulateur de vitesse placée derrière le volant, et très bas, n’est pas pratique. Les commandes pour les appels et la musique se trouvent à gauche alors qu’un ensemble de boutons à droite permet de gérer l’affichage du petit écran situé entre les compteurs. Le volant est en partie en cuir et en partie en plastique imitation bois. On retrouve ce même matériau pour la baguette d’ornement de la console centrale de la place passager.

Au centre de la planche de bord, on retrouve un traditionnel écran permettant d’utiliser et régler le GPS, la musique ou bien les réglages peu fréquents du véhicule. L’écran est tactile mais n’est pas d’une réactivité exemplaire. L’utilisation de l’ensemble n’est pas très intuitive mais cela reste ergonomique. Juste en-dessous se trouvent le combiné de climatisation ainsi que les boutons permettant de choisir les modes de conduite tout terrain. Une horloge digitale d’un autre temps complète le tableau, une petite curiosité que l’on retrouve souvent chez Toyota.

Le rang 1 du Toyota Land Cruiser profite de rangements à profusion : les contre-portes accueilleront facilement une bouteille d’eau et tout un tas de choses dont on pourrait avoir besoin un jour. Le logement central compris entre les deux sièges est climatisé et très profond. Un premier vide-poche se superpose au premier rangement central et accueillera vos papiers, téléphones, câbles de recharge USB, etc. La boîte à gants accueillera facilement le stock complet de votre gantier préféré. Enfin, pour finir avec le rang 1, sachez qu’il y a une connectique USB et une prise 12v sur la console centrale, en amont des boutons de commandes des sièges chauffants et ventilés.

Le rang 2 profite également de sièges en cuir chauffants. L’espace aux jambes est, à l’image de la voiture, très grand ! Quelques rangements dans les portières sont également présents, bien que plus petits qu’à l’avant. Les deux passagers arrière profitent d’un écran rappelant les tablettes des anciens avions moyen-courrier ! Ce lecteur de DVD / BlueRay (option à 1600 €) n’est cependant pas dans l’axe des deux passagers latéraux. Deux écrans dans les appuie-tête auraient été plus agréables. Les réglages de climatisation arrière sont également disponibles. La troisième place centrale n’est pas la plus confortable et est assez étroite mais elle fera son office.

Si un troisième rang équipe le Land Cruiser en option (à 2700 €), notre modèle d’essai n’en était pas doté. De ce fait, le coffre bénéficie d’un volume de chargement allant de 640 L à 1950 L lorsque la banquette est rabattue. Un véritable volume de déménageur donc. Cependant, l’ouverture même de la porte posera problème si vous vous garez en intérieur ou si quelqu’un vous colle en ville. C’est en revanche idéal une fois à la campagne !

Toyota Land Cruiser : oubliez la route

Étonnamment et malgré ses dimensions, le Toyota Land Cruiser se prend très bien en main. Cependant, il surprend les autres usagers par sa taille. Pour la première fois, une nuée de regards accusateurs se porte sur le Land Cruiser à mon passage. La raison semble évidente : qu’est-ce que je fais en région parisienne avec un engin aussi démesuré ? Son véritable look de 4×4 le différencie des classiques franchisseurs de trottoirs et me fait passer pour le pire des pollueurs, malgré ma vignette Crit’Air 2. La ville, ce n’est donc pas son fort, en dépit de sa maniabilité.

Décision prise, direction les Alpes et la Haute-Savoie pour changer d’air et surtout, aller dans une région où l’on croise un Land Cruiser… à chaque épingle. Le trajet sur autoroute met en avant le gros retard technologique du Toyota (les origines de cette génération remontent à l’année 2009) et son manque de confort. A la longue en effet, la conduite est fatigante et le moelleux des sièges disparaît. L’insonorisation n’est pas là pour vous reposer non plus.

Essai Toyota Land Cruiser

Niveau aides à la conduite, nous regrettons le manque du maintien de file et la présence d’un régulateur adaptatif très… anticipatif. En effet, le premier système n’est qu’une alerte au changement de file quand le second anticipe énormément sur les véhicules qui nous précèdent. A titre d’exemple, la distance « 1 barre » du Toyota est supérieur à la distance « 3 barres » d’une Audi Q8. Cela pourrait ne pas être dérangeant si seulement la voiture ralentissait au lieu de freiner carrément ! Tout cela s’accompagne évidemment d’un mouvement de caisse digne d’un bateau grâce aux suspensions tout-terrain. Il existe bien un mode Sport (et même un mode Sport +) mais les mouvements de caisses semblent similaires. Est-ce lié au châssis échelle ou aux suspensions ? Surement un peu des deux finalement…

Avec un constat en ville et sur autoroute mitigé, il est temps d’essayer la voiture dans des conditions qui lui semblent plus adaptées : la montagne et les chemins de terre. La route qui monte à mon camp de base est une belle route de col en épingle. Évidemment la voiture n’a pas l’agilité d’une Lotus Elise mais en revanche, la boîte de vitesses semble avoir été étagée pour monter ce genre de côte. Tout ou presque est fait en 3ème / 4ème et le moteur 4-cylindres 2,8 L de 177 ch ainsi que ses 450 Nm de couple semblent moins souffrir que sur les pentes de l’autoroute. L’éclairage de la voiture est très impressionnant sur ces routes de montagne, ce grâce à son angle de couverture devant nous. La route, les bas-côtés et la forêt sont éclairés sur plusieurs dizaines de mètres. Ils nous permettront d’ailleurs de voir arriver deux ou trois grands animaux. L’attaque de la pédale de frein, cependant, est très molle et risque de surprendre plus d’un conducteur.

Essai Toyota Land Cruiser

Toyota Land Cruiser : révélation en offroad

Au petit matin, nous partons à la découverte des vraies caractéristiques du Land Cruiser et prenons le premier chemin de terre qui se présente à nous. Bien sûr, les chemins de terre bien secs ne lui font pas peur. C’est donc sans aucun changement au niveau des modes de conduite que nous évoluons. Il en faudra plus pour le décourager. Nous nous enfonçons alors un peu plus en forêt et sur les sols un peu boueux : les premiers signes de patinage apparaissent. Une pression sur le bouton qui bloque le différentiel, et hop, nous voilà sortis. Trop facile !

Le trajet continue, et le petit chemin nous emmène au pied d’une pente plutôt… raide. Nous sommes en sous-bois, le sol est un mixte entre de la terre, de la mousse, de la boue et quelques rares cailloux. Après quelques mètres, le Toyota Land Cruiser patine légèrement. Je stoppe la voiture dans la pente, passe en pont court, coupe le différentiel et relâche de nouveau les freins. Là, sans avoir à toucher la pédale d’accélérateur, la voiture continue son chemin, comme une grande. La descente sera l’occasion de tester le système de descente automatique. Équipé de 5 niveaux de vitesses différents, ce système gère aussi bien la pente positive que négative. La voiture avance donc à son rythme. Le seul défaut est la présence de bruits assez marqués venant des parties mécaniques. On a l’impression d’abîmer la voiture, alors que ce n’est évidemment pas le cas, et c’est assez perturbant.

Bon, on ne peut pas le piéger dans les sous-bois, très bien… mais nous n’avons pas dit notre dernier mot. Notre balade finit par nous amener au pied d’une piste de ski. Nous sommes sous un mur de piste rouge, avec un petit chemin juste sur le côté. Probablement une piste bleue qui descend vers le bas de la station. L’attaque est assez raide mais le Toyota passe l’ensemble sur son pont long avec le différentiel actif (en mode normal donc). Après une première rigole naturelle traversée, la seconde impose de bloquer le différentiel à cause d’un croisement de pont ayant mis la voiture sur deux roues. Plus on monte, plus les difficultés apparaissent mais à aucun moment le Land Cruiser ne semble flancher. C’est donc au bout de notre chemin et quasiment au sommet du télésiège que nous nous arrêtons, au seul endroit possible où faire demi-tour sans risquer de tout dévaler sur le toit.

La descente se fera sans aucun souci grâce au pont court, à l’assistance en descente et aux freins très endurants. Le Land Cruiser n’a, à aucun moment, faiblit.

Toyota Land Cruiser : Gamme et tarifs

Essayé ici en 5-portes, le Toyota Land Cruiser est surtout connu pour ses versions 3-portes, plus atypiques. Les deux sont disponibles en France, en quatre niveaux de finition dont la version de base, baptisée Le Cap débute à partir de 37 400 € en 3P (40 100 € en 5P). Elle est suivie de la finition Life (entre 42 500 et 45 300 €), de la finition Légende (45 600 et 49 900 €) et de la finition Lounge (50 000 et 56 600 €). Nous avons quant à nous eu droit à la version Lounge Pack Techno, finition spécifique du Land Cruiser 5-portes, qui démarre à 68 600 €.

Essai Toyota Land Cruiser

Cette version profite de jantes en 19 pouces, d’un affichage de l’angle d’attaque du véhicule, des suspensions variables adaptatives, du Crawl Control (le système pour monter ou descendre tout seul), du contrôle actif du roulis et du verrouillage du différentiel arrière à glissement limité. Sont également présents l’avertisseur d’angle mort, le système de navigation GPS Toyota Touch and Go 2 Plus (c’est son nom complet), de 14 hauts-parleurs. Les sièges sont à mémoire de réglages électriques, chauffants et ventilés. Cependant, à ce prix-là ils ne sont toujours pas massant. Le prix de notre modèle d’essai culminait ainsi à 70 900 euros.

Conclusion

Le Toyota Land Cruiser continue sa route et surtout son chemin, et vient affirmer son statut de ténor du offroad. Il se montre plus bourgeois sans pour autant sacrifier les qualités qui ont fait sa réputation. Beaucoup plus à l’aise en dehors que sur la route, il vous emmènera absolument partout ! Cependant, tout n’est pas rose, surtout une fois le regard porté sur le prix et la dotation. Les équipements électroniques sont en retard sur bien des points, en particulier les aides à la conduite (alors qu’elles fonctionnent très bien chez ses cousines Lexus).

Essai Toyota Land Cruiser

Le prix pourra en refroidir plus d’un à l’achat mais il ne faut pas oublier que le Land Cruiser est un petit peu sans réelle concurrence en Europe. Les Mitsubishi Pajero et Nissan Patrol ont quitté le vieux continent alors que le Mercedes Classe G et le Land Rover Discovery démarrent à des tarifs encore plus prohibitifs ! Pour finir, nous aurions peut-être aimé une version hybride, plus en adéquation avec les préoccupations environnementales. Cela  ferait, très probablement, du Land Cruiser le roi du offroad comme le roi de la route !

Retrouvez ci-dessous la galerie complète des photos de l’essai :

Texte et photos : The Automobilist

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