Le concept-car Peugeot E-Legend concept, dévoilé en amont du Mondial de Paris 2018, présente des lignes et des volumes assez rares de nos jours. Inspirées par le célèbre coupé 504 signé Pininfarina, les équipes du style Peugeot ont réinterprété cette silhouette classique pour lui donner tous les attributs d’une voiture d’aujourd’hui. Quels sont les secrets de son développement ? On est allé en discuter avec le responsable du design extérieur, Nicolas Brissonneau.

The Automobilists : Travailler sur un concept-car, cela représente combien de mois de travail ?

Nicolas Brissonneau : J’ai commencé en mai 2017. On commence par des sketchs tous azimuts. Il fallait vraiment chercher toutes les possibilités. On pouvait aller très loin, sans être complètement à l’opposé ou presque de l’hommage à la 504… mais certains dessins partaient clairement très loin.

TA : Le brief précisait cependant les mots héritage, légende, hommage à la 504, anniversaire…

NB : Oui, alors anniversaire pas forcément. Le côté légende, oui. La légende de cette Peugeot ultime de ces années-là, raffinée, élégante, qui évoque une légèreté, qui sert l’élégance, le raffinement… Une nouvelle élégance.

TA : Une nouvelle élégance parce que le marché est devenu peut-être moins élégant ? La suprématie des SUV donne des volumes complexes, on se souvient de l’étude Quartz traitée comme un coupé, tandis que là vous revenez à une forme classique.

NB : C’est très complexe. Il ne s’agit pas de faire un revival ou un véhicule vintage, ça n’aurait aucun intérêt. On se doit d’évoquer le véhicule mais d’être très moderne, toujours dans les valeurs de marque, racé, dynamique, là où justement on tend vers une dématérialisation des choses : quand on voit des études conceptuelles où le plaisir s’en va, nous nous voulons retrouver ce côté charnel, passion.

TA : Les proportions y sont pour beaucoup ?

NB : Evidemment. Nous sommes typiquement sur les proportions de l’époque, c’est-à-dire qu’il a fallu retrouver l’esprit sans les singer, avec des masses et des équilibres très réalistes. Les roues sont de 19 pouces, la longueur est contenue à 4,60 m, finalement très simple, et avec 1,92 m la largeur n’est pas démesurée et une hauteur de 1,37 m. On est sur des canons qu’on aime, aussi grâce à un habitacle qui est un peu reculé vers l’arrière. C’est une cote de prestige, liée aussi à l’élégance de ces véhicules de ces années-là.

TA : C’est élégant et sobre donc.

NB : Et moderne avec pour les flancs un nouveau langage de forme où le flux d’air ou d’eau peut passer dessus, perler. C’est très sexy : on a envie de toucher. Et à la fois ce langage soyeux, un peu doux, il est aussi un peu sharp à quelques endroits.

TA : Ce qui signifie ?

NB : Tranché, taillé à la serpe.

TA : Comme une 508 mais avec un peu moins d’exubérance ?

NB : On a aussi beaucoup moins de contraintes qu’un véhicule de série ce qui nous permet aussi beaucoup plus d’amplitude au langage de forme, de tester beaucoup de choses pour l’avenir.

TA : D’où des montants de pare-brise fins ?

NB : Pourquoi les faire épais si ce n’est pas donner l’idée de la robustesse sur une étude ? Si on peut les réduire et avoir un objet sophistiqué, et avoir les codes des véhicules de l’époque, on y va.

TA : Le coffre à malle est-il vrai sur cette étude ? Sera-t-elle aménagée ?

NB : La silhouette à malle, avec cassure comme la berline ou sans comme le coupé, c’est typiquement dans notre ADN. Là on a un véhicule tricorps, volontairement, silhouette qu’on voit de moins en moins sur nos marchés, mais même si on a bien essayé le fait de recréer une légende de manière plus sophistiquée, on perdait le caractère d’ensemble. Donc c’était dommage et cette malle donne de la longueur, une custode avec un pied C complètement coupé, et on est vraiment sur un 2+2. Même un 406 Coupé, qui était empreint du 504 Coupé dont il était le successeur, finalement avait déjà ses attitudes-là aussi.

TA : Si on regarde dans le passé on pense aussi à la Lancia Fulvia en 2003…

NB : A l’époque quand on regarde bien, les constructeurs avaient souvent les mêmes faces avant, les mêmes silhouettes, et de tous temps il y a eu des côtés ressemblances. Ce qu’il y a à noter sur ce véhicule est le mélange italien avec la robustesse d’esprit allemand qui caractérise vraiment la marque de Sochaux.

TA : Sans oublier le confort à bord !

NB : Quand on regarde un véhicule d’origine, de 1968 ou de la phase 1 en tout cas car c’est d’elle dont on s’est inspiré pour l’extérieur, je me souviens de l’intérieur comme d’un espace extrêmement confortable.

TA : Depuis une dizaine d’années et l’étude 5 by Peugeot, vous mettez en avant la signature de feux en griffe. Avec la 504 coupé c’est d’autant plus justifié qu’elle en est l’inspiratrice. C’est un détail qu’il était évident de reprendre ?

NB : C’est notre ADN. Il y en a eu d’autres que la 5 by Peugeot, mais il y a eu aussi le RC-Hybrid4 aussi qui l’avait en signature. Maintenant c’est quelque chose d’inscrit, c’est vraiment nous. On a une manière de le travailler pour qu’il soit de plus en plus moderne, ce que la technologie nous permet, avec les LEDs ou la technologie OLED pour avoir un typage de griffes de plus en plus fines, de plus en plus techno. On aurait fait des épaisseurs de griffes 504 Coupé, ça n’aurait pas eu d’intérêt car les ampoules sont trop épaisses.

TA : A l’inverse, à l’avant vous valorisez l’épaisseur des projecteurs ! Pour reprendre les mots du regretté Gérard Welter, on a un regard à la fois 504 Coupé mais aussi Sofia Lauren comme la 504 berline !

NB : Ce double-regard, en double module, a été gardé et magnifié car ils sont très technoïdes. Ils sont posés sur une barre d’ADAS, de capteurs d’aides à la conduite, et l’éclairage continue sur les trois barrettes de calandre qui arrivent au Lion et signent vraiment la voiture d’origine en étant rétro-éclairé. Ça nous permet d’avoir cette signature lumineuse d’époque.

TA : Quelle a été votre carrière au design Peugeot ?

NB : Cela fait 25 ans que je travaille au design extérieur de Peugeot, mais je suis arrivé très jeune ! Le dernier concept sur lequel j’avais travaillé en tant que designer, c’était l’étude SR1.

TA : Un concept-car qui remonte à 2010 donc mais qui emportait l’habitacle de la future 308 à l’époque…

NB : Et qui avait lui-même des inspirations 406 coupé. Auparavant, j’avais réalisé les concepts RC Pique et Carreau en 2002. Mon premier concept-car était le 306 break de chasse qui servait d’écrin au moteur HDi. Entre deux j’ai aussi participé aux City Toys…

TA : J’ai une chance sur 4 : c’était sur Bobslid ?

NB : Exactement ! Ensuite j’ai suivi comme master un plus jeune designer sur Onyx, Sanbdeep Bhambra. Mais en tant que designer propre, mes 2 derniers sont SR1 et E-Legend concept.

TA : N’est-ce pas un pied de nez face à toutes les voitures qui se veulent futuristes, avant-gardistes, que de proposer une voiture toute aussi techno, autonome, mais revient à un style ancré dans le passé ?

NB : Je ne le vois pas comme ça : on peut se permettre de faire un véhicule futuriste demain. On en a fait par le passé, on peut en faire plein d’autres. Le sujet est d’être assez réaliste et de rendre un hommage très advance et très concret.

TA : C’est malgré tout une voie que personne n’a empruntée, en pied de nez au retour des véhicules monocorps ou massifs ?

NB : Totalement ! On a tout dans l’histoire de la marque Peugeot.

TA : Même un autre P18, signé Matra qui était lui bien monocorps !

NB : Oui ! [Rires] On a tout, donc on peut utiliser toute notre histoire et faire des choses demain, pas forcément de cette manière-là, mais autrement et de façon incroyable. On a tout ce qu’il faut pour créer du futur : c’est comme ça qu’une marque se réinvente.

TA : Merci pour la conclusion M. Brissonneau.

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