Continuez avec nous la découverte des coulisses du concept-car Peugeot E-Legend concept. Son design intérieur soulève de nombreuses questions. Le choix du velours pour la sellerie, mais aussi celui des nombreuses marqueteries, sont à contre-courant des tendances récentes. Quelles idées en sont à l’origine ? Le designer de l’intérieur du projet P18, Christophe Pialat, répond à nos questions.

The Automobilists : On sait Peugeot déterminé à déployer son i-Cockpit dans toutes les gammes mais comment le traduire dans un concept-car inspiré de la 504 dont l’habitacle était plus conventionnel ?

Christophe Pialat : L’idée c’était de faire un clin d’œil à la 504 et de garder son côté moderne, de garder la modernité de cet objet, pour faire une voiture ultra technologique en ayant des matériaux nostalgiques, évoquant un univers rassurant, cocooning.

TA : C’est dans les tendances actuelles : on voit les smartphones valoriser l’aluminium ou le verre, une mise en avant de la qualité brute du matériau… Peugeot suit cette volonté avec le bois depuis le concept Exalt aussi.

CP : On réfléchit moins à l’objet qu’à un brief : on ne se dit pas forcément qu’on va faire référence, l’idée c’est de faire un modèle unique quitte à être parfois clivant avec le véhicule qui précède même si, là, on ne s’est pas posé la question de la continuité en matériaux par rapport à Instinct, ou même d’autres concepts précédents. Au début on essaye d’aller au plus loin du brief de l’objet. Là il fallait créer quelque chose d’ultra moderne, autonome, et ça doit suggérer quelque chose de très technologique sans avoir quelque chose de froid comme beaucoup de concept-car.

TA : La mise en avant du bois, jusque sur les montants de pare-brise, c’est rare ! ça évoque les années 60.

CP : On voulait travailler l’ébénisterie en tant qu’ébénisterie, mettre en valeur le bois. On s’est même posé la question qu’une partie du châssis soit carrément en bois… Là on a travaillé les contours de porte pour suggérer que c’était un ensemble. Donc c’est pas structurant, les vraies structures sont cachées, mais on donne l’impression d’un cockpit, d’un objet fermé.

TA : Avez-vous dessiné cette voiture à côté de l’intérieur d’une 504 pour mieux vous en inspirer ?

CP : Non, c’est nourri au début de références ou grands principes : les grands sièges, monoblocs, bien larges, pour suggérer le confort. Ensuite le reste est venu à la construction. La manière de construire un intérieur Peugeot, c’est respecter des strates d’ergonomie, donc vraiment la bassine du siège pour le confort, puis une strate intermédiaire pour la technologie avec les grands écrans à voir et manipuler, puis la strate sonore et visuelle avec les combinés, le vitrage et l’ébénisterie très fine et rasante. On a travaillé les sections au minimum pour que le bois ne soit pas intrusif non plus.

TA : Etes-vous à l’origine de la venue dans le projet de partenaires comme Hervet ou Ex Nihilo ?

CP : Non, c’est Sébastien Floutier [designer couleur & matière, NDLA] qui les a rencontrés. Chacun a son brief, chacun fait sa recherche de son côté, un peu formelle, puis on fraise des bacs en polystyrènes, des mock-ups qui permettent de se projeter à l’échelle 1. Par exemple, pour les sièges. Et là on teste les positions de conduite, les écrans, et cela permet de valider et de se conforter dans une posture. Sébastien fait ses recherches iconographiques, ses langages qu’il a envie de mettre en œuvre car il y a là des matériaux qui suggèrent la nostalgie, les années 70, le cocooning, montés dans une époque moderne.

TA : C’est un mouvement global de retour au vintage en effet !

CP : Oui, cela a un côté rassurant.

TA : Qu’avez-vous signé précédemment chez Peugeot ?

CP : Je suis arrivé chez Peugeot en 2004, j’étais chez Citroën auparavant sur les C4 Picasso premier du nom avec toit panoramique, et sur l’intérieur de la DS 5. Chez Peugeot j’ai d’abord fait de l’avance de phase pour la 308 qui est aujourd’hui dans la rue, pour aider à configurer l’ergonomie même si ce n’est pas moi qui ai signé la planche de bord. Ensuite j’ai travaillé sur le concept-car EX1 pour les 200 ans de la marque, sur l’intérieur d’Onyx avec Julien Cueff. Quelques véhicules série aussi, j’ai signé un petit véhicule utilitaire sympa qu’on appelle K9 !

TA : Le Peugeot Rifter donc !

CP : Exactement, c’est deux ans de développement, un autre univers…

TA : Racontez-nous ce processus…

CP : On touche vraiment à la réalité industrielle. On a là aussi un brief, essayer de faire le véhicule le plus intéressant possible en étant hyper efficace. Après j’ai bossé sur d’autres véhicules à sortir bientôt en série et ce E-Legend Concept, c’était l’opportunité ! Des fois en tant que designer on a des créneaux avec moins de boulot, on a la tête plus aérée ou on sort de plusieurs gros projets alors faut essayer d’autres choses. On a une phase de transition, des petites compétitions internes, et parfois des affinités se font avec des personnes… sur ce concept-car, la sauce a très bien pris en tout cas.

TA : Merci M. Pialat.

Le Peugeot e-Legend concept sur The Automobilists !

Crédit photos : Fabien L & Guillaume A.

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